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Salles 6, 7, 8 et 9 - Picasso et Paul Rosenberg
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« Lorsque j’entends parler de l’évolution d’un artiste, il me semble qu’on l’imagine debout entre deux miroirs face à face qui reproduisent son image à l'infini. On contemple les images successives dans un des miroirs, comme si elles représentaient son passé et celles dans l’autre, comme étant son avenir, alors que son image véritable est considérée comme son présent. On ne s’aperçoit pas qu’elles sont toutes semblables sur des plans différents. »
Propos de Picasso cité par Marius de Zayas, « Picasso Speaks. A Statement by the Artist », The Arts, 19 mai 1923, p.315-326.
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L’été 1918, Picasso peint les Baigneuses (MP61), oeuvre emblématique, avec ses corps allongés, de la relecture moderne de Ingres que mène alors Picasso. En 1914 s’était amorcé d’abord dans le dessin le retour d’une forme de figuralisme et de réalisme, non pas en opposition au cubisme, mais en parallèle. A partir de cette date, et durant dix ans, les deux voies sont expérimentées conjointement. |
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Entre dessin et peinture, ligne et couleur, s’établit, grâce à des éléments illusionnistes, un passage entre codification cubiste et figuration. L’Homme à la cheminée (1916) décline ainsi rigueur géométrique, pointillisme chromatique et tracé abstrait tandis que Nature morte sur une commode (1919), joue des antagonismes stylistiques entre figuration « néo-classique », description photographique et défiguration cubiste. Un même thème, celui des Arlequins, est indifféremment linéaire ou coloré, faussement classique ou cubiste.
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Ce double langage, qui met à mal l’usage systématisé d’un style cubiste qui a alors cours en Europe, par son créateur même, est pour beaucoup une incompréhension. A propos du Portrait de Madame Rosenberg et de sa fille, Paul Rosenberg écrit d’ailleurs à Picasso : |
« Tout le monde sait que Picasso a fait le portrait de ma femme et ma fille. Léonce le sait par Cocteau, et naturellement, il l’avait voulu cubiste, malgré que Miche soit rondiste ! Il prétend, et je ne puis le suivre, que vous êtes plus grand peintre cubiste, que d’après nature ! » (lettre du 27 septembre 1918, Archives Picasso, Musée Picasso ; Léonce Rosenberg, le frère de Paul, est également marchand d’art et possède la galerie L’Effort moderne).
En 1919, l’exposition dite « Les Balcons » organisée par le nouveau marchand de Picasso Paul Rosenberg révèle pourtant l’élaboration d’un nouveau cubisme coloré, fait de petites aquarelles de natures mortes devant des fenêtres ou sur des guéridons (gouaches, salle 7-8 ; catalogue d’exposition et essai d’en-tête à papier pour Paul Rosenberg par Picasso sur le thème des « balcons », salle 8, vitrine). Également éditeur de photographies de chefs-d’œuvre de l’histoire de la peinture, Pierre Rosenberg veut promouvoir ses contemporains sous une forme nouvelle et publie dès 1919 les dessins pour les costumes du Tricorne de Picasso. Pour leur deuxième collaboration éditoriale, Pierre Rosenberg diffuse un recueil de quinze gouaches réalisées par Picasso entre 1919 et 1922. L’édition des « pochoirs Rosenberg », met en valeur la nouvelle évolution du cubisme de Picasso, déjà promu dans l’exposition des « Balcons » : le traitement des formes en aplats colorés est accentué par la technique reprographique qui souligne la netteté des contours et la vivacité des couleurs. Comme l’éditeur eut du mal à obtenir les dessins promis et sélectionnés par le peintre (« Mes Arlequins ! Mes Arlequins ! Mes Arlequins ! » (lettre du 21 janvier 1921, Archives Picasso, Musée Picasso, salle 9, vitrine ), cette expérience resta unique.
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1917 : Picasso voyage à Rome, Naples et Pompéi pour travailler aux décors et costumes du ballet Parade, musique d’Érik Satie, monté par les Ballets russes de Serge de Diaghilev. 1918 : Fait la connaissance d’André Breton. Mariage avec Olga Kokhlova, ballerine des Ballets russes. Séjour à Biarritz durant l’été chez Eugenia Erràzuriz. Il y rencontre le marchand d’art Paul Rosenberg qui le convainc de rejoindre sa galerie de la rue La Boétie. |
Hiver : Installation de son atelier et appartement au 23 rue la Boétie. Mort d’Apollinaire. 1919 : Printemps : Part pour Londres où il réalise pour les Ballets Russes, les décors, les costumes et le rideau de scène du Tricorne, sur une musique de Manuel de Falla. Automne : Peint Les Amoureux, en hommage à Manet. Mort de Renoir. 1920 : Début de la période classique inspirée par les fresques gréco-romaines de Pompéi et l’Antiquité. Picasso réalise les décors et costumes pour Pulcinella, musique de Igor Stravinsky. 1921 : Décor pour le Cuadro Flamenco.
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En 1916, Jean Cocteau propose à Picasso de réaliser décors, costumes et rideau de scène de Parade. Pour plusieurs années, les saltimbanques et le thème du cirque sont de retour. Dans ses créations successives pour les ballets russes – Le Tricorne (1919), Pulcinella (1920), Quadro Flamenco (1921), Mercure (1924) -, Picasso applique aux arts de la scène aussi bien ses formules cubistes que figuratives et renoue avec les personnages de la Commedia dell’arte et le folklore espagnol. |
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Les voyages avec la troupe des ballets qui conduisent Picasso en Italie (Rome, Naples et Pompéi) et en Angleterre, marquent aussi la redécouverte des modèles antiques et l’inspiration italienne qui culminent en 1921 et 1922. Les références méditerranéennes et leurs corps gonflés s’entremêlent aux modèles de Renoir qui constitue alors l’un des principaux points d’ancrage de l’œuvre picassien. Il en collectionne les œuvres, en duplique certains sujets et dessine du vieil artiste, d’après photographie, un grand Portrait de Renoir (1919-1920) d’une cruelle précision. Jeune fille au chapeau les mains croisées (1920-1921), reprend, pour sa part, le sujet de La Danse à la campagne de Renoir (1883). Picasso tirera de cette étude un grand pastel sur toile, La Danse villageoise (1922) plus ouvertement démarquée du tableau de Renoir. Aplats, réduction chromatique, écriture plastique, participent de cette relecture de Renoir par Picasso à un moment crucial de son œuvre. |
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© Musée national Picasso Paris - RMN
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