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Salles 6, 7, 8 et 9 - Picasso et Paul Rosenberg


 

27 septembre 1918

Mon cher ami,        

Baï-Baï est désolée, chaque jour elle répète « nous
allons chez Casso » & appelle Loti & les « Cail-Cail ».
Que je regrette Biarritz & les bons moments passés
près de vous. Quel soleil, & quelle joie pour les yeux.
J’ai rien de neuf, calme plat, personne à Paris, & les
affaires mortes ! Pas d’acheteurs, pas de vendeurs,
& ma porte reste close. Ceci pour vous dire, combien
j’ai peu à faire & combien je le regrette. Aussi, je reste
à Vaucresson, & ne reviendrai à Paris que mardi
matin. Dimanche matin, je vais me lancer dans la
peinture d’après nature, & je veux également brosser
des toiles. Je suis jaloux de vos lauriers, & de votre
renommée. Mais quel genre adopter, Cubiste,
carriste, rondiste, ovaliste, lozangiste, loyaliste,
royaliste, républicaniste monarchiste !!!! Je ne vais,
ou tout au moins je veux être « brossiste » c'est-à-dire
brosser des toiles : les remplir de couleurs. Je vous
en enverrai la photo dès qu’elles seront livrées.
Tout le monde sait que Picasso a fait le portrait
de ma femme & ma fille. Léonce le sait par Cocteau,
& naturellement, il l’avait voulu cubiste, malgré que
Miche soit rondiste ! Il prétend, & je ne puis le suivre
que vous êtes un plus grand peintre cubiste, que d’après
nature ! Voilà ce que je puis savoir ; suis-je trop étroit
de pensée, ou lui, voit-il d’un œil interne & ressent-il
des sensations dont il est le seul à ressentir ? Mystère.
Moi je suis de plus en plus enchanté de la toile, & suis
impatient de la revoir & de l’accrocher sur mon mur !
Hessel, fait continuellement la chasse, à tout ce qui
peut se chasser, je lui ai parlé des toiles que vous avez,
& m’a répondu, que nous irions tous les deux plus tard
vous rendre visite, lorsque vous en auriez produit beaucoup.
Voici donc ce qu’il y a de plus intéressant dans ma lettre.
Avez-vous terminé le pigeon & avez-vous commencé
d’autres toiles. Vous voyez que je vous écris souvent,
j’ai pour vous une amitié, qui résiste à des lettres, c’est
ce qui vous prouve qu’elle est très forte. Ma femme
se joint à moi, pour vous envoyer à Madame Picasso
& à vous, nos plus sincères amitiés & croyez-moi
Votre bien sincèrement
Paul Rosenberg
J’espère que la jambe de Madame Picasso,
fait de grands progrès.




21 janvier 1921


Cher & illustre Maître,

Je vous rappelle :
Mes arlequins !!!!!!!!!!!!!
Mes arlequins !!!!!!!
Mes arlequins !!!!
et de bien vouloir me donner l’adresse de M. Reverdy
pour le livre que je veux éditer sur vos œuvres,
& qui je crois intéressera beaucoup le grand public !!!
Pensez également :
Que l’exposition du dénommé Picasso est
Tambourinée & annoncée pour le
14 février 1921
Qu’il me faut :
Une lithographie pour la carte & une pour le
catalogue.
Pensez également que j’ai besoin de tableaux & que
Vous promettez de les faire en … série (voyez Monet).
N’oubliez pas les arlequins… & que j’ai pour vous
la plus profonde & sincère amitié.

Paul Rosenberg 


 

 

 

 

 

 

 


  


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